La traduction automatisée (4e et dernière partie)

J’ai eu la chance d’assister à une démonstration de Portage, le projet de traduction automatique statistique du Centre national de recherches du Canada, et ce que j’ai vu m’a réellement étonné. Même si les traductions n’étaient pas directement publiables, on était bien loin des piteux résultats d’il y a quelques années.

Cependant, cette initiative n’est pas tout à fait représentative de ce que peut faire un logiciel de traduction automatique, car elle a bénéficié de conditions très favorables.

Nous avons vu dans le billet précédent quels étaient les critères d’une traduction automatique statistique de qualité. Voyons maintenant comment cela se passe dans des situations moins propices.

Volume et adéquation des références disponibles (corpus)
Pour obtenir ses excellents résultats, l’équipe de développement de Portage a eu accès à plus de 100 millions de mots issus des débats (anglais-français) du Parlement du Canada. Pour vous donner une idée de ce que ça signifie, mis en format de livre de poche, cela équivaudrait  à une pile de 1600 m, soit plus de 6 étages! Ou 200 ans de travail d’un traducteur expérimenté qui ne prendrait jamais de vacances…

Il est pratiquement impossible de disposer d’un tel volume dans un domaine spécialisé. Même le gouvernement du Canada, le plus gros utilisateur de traduction au Canada, en possède rarement une quantité semblable dans un secteur précis.

Qualité du corpus
Les débats parlementaires canadiens sont traduits par des traducteurs triés sur le volet et bénéficiant d’un encadrement exceptionnel. Leurs traductions elles-mêmes font l’objet d’une attention et d’une rigueur particulières. Malheureusement, ailleurs, c’est une tout autre histoire.

Pour constituer un corpus du gigantisme dont elles ont besoin, il faut donc utiliser des traductions provenant de sources diverses, ce qui entraîne des problèmes d’uniformité et d’adaptation aux documents à traduire. De plus, il arrive trop fréquemment que les textes soient versés directement dans le logiciel de traduction automatisé, sans évaluation de leur qualité et sans révision.

Qualité du texte à traduire
Étant donné l’importance de la documentation qu’elles produisent pour leur crédibilité et leur efficacité, les organisations devraient en confier la rédaction à des gens dont l’écriture est la spécialité. Malheureusement, ce n’est pas toujours ce qu’elles font. Il peut alors en résulter des textes ambigus et approximatifs, qui ne correspondent pas bien ce qu’on a réellement voulu dire. Des problèmes avec lesquels, contrairement aux traducteurs professionnels humains, les systèmes de traduction automatisée ont bien du mal à composer.

Certains pourraient trouver tentant de recourir à la traduction automatique pour se débarrasser des « faiblesses » du traducteur humain. La machine est plus rapide, elle ne s’arrête jamais et semble plus économique. Son petit dernier ne tombe jamais malade et elle ne connaît pas le blues de l’hiver. Mais voilà, malgré ses qualités, elle est encore loin de pouvoir remplacer la femme ou l’homme.

Bien sûr, il est possible qu’elle y arrive un jour. Mais souvenons-nous que la traduction, c’est de la communication. Souhaitons-nous réellement que les communications entre les humains, si délicates et si essentielles à la compréhension mutuelle, soient régies par des machines?

La traduction automatisée peut certainement être un très bon outil, mais entre les mains expertes des traducteurs seulement.

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