Agir pour rester optimiste

Malheur à moi, je suis d’une génération qu’on a dite perdue, sacrifiée : la génération X. Prise en étau entre les baby-boomers, accusés d’avoir tout pris sans rien donner et de vouloir en plus partir avec la caisse (de retraite), et la jeune génération, qu’on dit si formidable et qu’on admire avec une telle béatitude[1].

Malédiction! Je parle français dans un monde où l’utilisation de cette langue recule sans cesse, à cause de notre propre inaction. En plus, je suis fier de ma langue et je la défends, ce dont une partie des francophones a honte, sous prétexte de modernisme et d’ouverture d’esprit, qui cachent en fait un colonialisme et une lâcheté inassumés.

Calamité! J’exerce la traduction, une profession à laquelle on s’intéresse parce qu’il y a de l’argent à faire, pas parce que la communication entre les êtres et la diversité linguistique (comme toutes les diversités) sont garantes de la survie de notre espèce.

Comment, malgré tout, est-ce que je réussis à demeurer optimiste?

–        Tout d’abord, j’ai une foi inébranlable en l’être humain. Il erre souvent, des fois longtemps, mais finit toujours par se réveiller.

–        Je fuis tout ce qui est science-fiction! Qu’y a-t-il plus déprimant, de plus pessimiste qu’un roman ou un film de science-fiction? Les extra-terrestres nous envahissant (Independance Day), les ordinateurs prenant le contrôle des êtres humains (2001, l’odyssée de l’espace) ou le gouvernement nous espionnant jusque dans notre propre maison (1984) : pas trop le genre d’avenir qui m’intéresse!

–        Je me tiens loin des intellos déprimés, tels Jacques Attali et son Une brève histoire de l’avenir, qui décrivent demain avec une telle noirceur qu’on peut se demander pourquoi se lever le matin.

–        Je ne lis aucun livre de croissance personnelle. La vie n’est pas une recette de cuisine, voyons! Ce ne sont pas des trucs qu’il faut adopter pour être heureux et réussir, mais une philosophie de vie. Je m’intéresse plutôt aux bons livres de psychologie.

–        Je fais du sport. Les endorphines produites par le corps pendant l’exercice sont une drogue légale et je n’ai pas peur d’en profiter!

–        Je chouchoute mes amis. J’en ai peu, mais je laisserais tout tomber pour eux s’ils avaient besoin de moi. Quant à ma femme, c’est ma priorité!

–        J’évite de me plaindre (enfin, j’essaye). Je préfère trouver des solutions plutôt que des problèmes; les problèmes savent très bien se trouver tous seuls!

Je ne me plains que le troisième jour gris consécutif – je suis né au bord de la Méditerranée, et j’ai besoin de soleil – ou quand j’ai mal dormi – je suis né au bord de la Méditerranée, et j’ai besoin de sommeil.

–        Je profite de la modernité. La vraie! J’utilise sans hésitation – mais non sans réflexion – tout ce que la technologie m’offre pour me faciliter la vie. Si les médias et réseaux sociaux font peur à certains, moi je les trouve extraordinaires, tant ils nous offrent de possibilités de communication et de découvertes.

–        Mais surtout, je refuse la passivité. La passivité alimente le cynisme et le cynisme engendre le pessimisme. Je vais voter, même si les choix ne sont plus guère excitants.

Quand je crois en une cause, je m’engage pour elle; le français et la traduction, par exemple… J’ai des idées à défendre et les journalistes ne s’intéressent pas à moi? Je crée un blogue!

Bien sûr, je ne changerai pas le monde à moi tout seul, mais j’apporte au moins ma pierre à l’édifice. Une petite pierre qui me donne l’impression d’être utile.

Pourquoi un tel billet sur un blogue de traduction? Parce que je sens en ce moment un tel vent de pessimisme et de résignation chez mes amis traducteurs, que je pense qu’il est temps que nous prenions le taureau par les cornes.

Oui, le milieu de la traduction vit actuellement une transition, une révolution. On ne fera jamais plus de la traduction comme on la faisait il y a vingt ans, voire dix ans. On peut le déplorer, mais ça ne changera rien.

La seule solution que nous avons, c’est de nous réinventer. Bien sûr, nous allons devoir nous creuser la tête pour cela. Mais vous n’allez pas me dire qu’un traducteur a peur de se creuser la tête, c’est dans ses gènes!

Alors pour rester optimiste, j’ai décidé de me tourner vers l’action. Et vous?


[1] Si vous êtes au Canada, il suffit de lire certains articles du magazine L’actualité pour s’en convaincre! Bon sang, avons-nous déjà oublié que nous avons tous été jeunes, débrouillards et idéalistes?!

Publicités

9 réflexions au sujet de « Agir pour rester optimiste »

  1. Jean-Sébastien Leroux

    Étrange… Je viens d’entamer la lecture de « Le Goût de l’avenir » de Jean-Claude Guillebaud. Ce billet ne pouvait pas mieux tomber!

    Répondre
    1. Comleon Auteur de l’article

      Merci, vous me raconterez. Je l’ai dans ma bibliothèque depuis une éternité, mais je ne trouve jamais le bon moment (vacances) pour m’y mettre.

      Répondre
  2. Royer Emmanuelle

    Nous partageons certaines choses, la génération, le métier et les origines. Voilà un billet rafraîchissant et porteur d’énergie, même si le combat (pour une profession valorisée, saine et humaine) semble de plus en plus ardu avec la mondialisation des entreprises de communication et la multiplicité des réseaux virtuels.

    Merci de vos de ce supplément d’âme véhiculé dans votre billet.

    Répondre
    1. Comleon Auteur de l’article

      En fait, il est ardu parce que les traducteurs ne se sont pas encore pris en main. Toutes les professions passent par là à un moment ou à un autre de leur existence. Maintenant, il faut savoir si nous voulons être comme les charrons, qui ont disparu avec l’arrivée du pneu, ou comme les notaires qui, ont transformé leur profession en une activité attrayante…

      Répondre
  3. amchronicles

    Je découvre votre blogue et ce billet, qui tout en me faisant sourire m’a également parlé, à moi enfant de la génération X et traductrice… Je m’y retrouve totalement, même si j’avoue parfois me laisser « contaminer » par les discours des intellos déprimés… Bonne continuation en ligne et hors ligne !

    Répondre
    1. Comleon Auteur de l’article

      Merci. Je ne vous jetterai certainement pas la pierre, tant il est difficile parfois de ne pas se laisser gagner par la morosité ambiante. Mais pour utiliser des lieux communs, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et l’espoir, eh bien il fait vivre 🙂

      Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s