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Articles principalement destinés aux traducteurs et traductrices. Réflexions sur notre profession, erreurs et tics à éviter, billets d’opinion.

Le traducteur-conseil : Une voie d’avenir pour la traduction

L’article qui suit est un résumé de la présentation que j’ai faite au IXe Colloque sur la traduction, l’interprétation et la terminologie, qui s’est déroulé du 9 au 11 décembre 2014 à La Havane, à Cuba.

Introduction
L’environnement dans lequel s’effectue la traduction est depuis plusieurs années en profonde mutation. En effet, plusieurs phénomènes – popularisation des applications de traduction automatique gratuites, multiplication de l’offre de services de traduction machine, compression des délais ou encore concentration du marché entre les mains de méga entreprises – sont en train de modifier de manière irréversible le travail des traducteurs.

S’ils veulent faire face à cette transformation, les langagiers se voient donc dans l’obligation d’adapter leur pratique et de modifier la façon dont ils se présentent à leurs clients[1] et clients potentiels. Le conseil est une avenue prometteuse à cet égard.

Ce concept fait d’ailleurs déjà partie de la boîte à outils de professionnels comme les avocats, les dentistes, les comptables professionnels agréés ou les pharmaciens. En traduction, des cabinets et certains fournisseurs de services connexes ont bien compris la plus-value que le conseil apporte et l’offrent déjà. Cependant, le mouvement ne s’est pas encore amorcé à l’échelle individuelle.

Repenser la manière d’aborder la traduction
Inclure dans sa pratique le conseil comme complément au transfert linguistique oblige à concevoir différemment sa profession, quitte à en bousculer au passage certains réflexes.

Les experts n’hésitent pas à affirmer qu’en conseil, il faut se concentrer d’abord sur la relation, avant de se concentrer sur le produit. En traduction, cela signifie que la priorité ne doit pas aller au document, mais au client. La raison en est fort simple : c’est dans l’établissement de la relation que le traducteur instaure la confiance chez ce dernier et assoit sa crédibilité.

Car le conseil est avant tout une interaction humaine. Il est donc primordial de faire preuve d’empathie. Le traducteur doit se mettre dans les souliers du client. Il constatera ainsi les contraintes, parfois conflictuelles, auxquels celui-ci est lui-même soumis, des contraintes dont le conseiller devra tenir compte.

Le conseiller en traduction doit également être à l’aise avec un résultat imparfait, car l’imperfection est le propre de l’interaction humaine. Quand un conseil a du mal à être accepté, le traducteur a intérêt à reconnaître le moment où rendre les armes pour ne pas indisposer son client. Il en va de la santé de la relation comme de celle du langagier!

Enfin, il faut savoir lâcher prise. Si le rôle du conseiller en traduction est de formuler des recommandations et d’inciter son client à les appliquer, c’est à ce dernier que revient la décision de les adopter ou pas. Et c’est aussi lui qui assumera les conséquences d’un document erroné, le cas échéant. Le traducteur doit se rappeler qu’il s’agit du document du client, il ne devrait pas se l’approprier.

Élargir ses champs d’intervention
Proposer des services de conseil en traduction, c’est sortir du cadre strict du transfert linguistique et intervenir également dans cinq domaines[2] :

Information, sensibilisation, explication
Pour être considéré comme l’expert qu’il est, le conseiller doit être capable de faire valoir ses compétences et son expérience, d’informer le client des services qu’il peut rendre et de lui donner les moyens de les apprécier. Une grande partie de son rôle consiste donc à expliquer.

Gestion de projet
Le conseiller cherche à entrer en jeu dès la planification de la production documentaire, pour que celle-ci tienne compte de la traduction ultérieure (variation de l’espace nécessaire au texte selon la langue, modification des images, contraintes de l’adaptation locale, etc.).

Il est également la personne la mieux placée pour définir les exigences – linguistiques, organisationnelles, techniques – et les modalités de suivi et de reddition de comptes des projets de traduction.

Travail linguistique
Le conseiller intervient sur le texte de départ en soulignant les éventuels coquilles, incohérences et défauts d’uniformité. Il relève aussi le manque de cohérence du document avec d’autres documents du client ou de l’entreprise qu’il a ou non traduits.

En outre, il formule des recommandations en matière de communication pour que le message ultime soit bien compris et retenu par son destinataire. Pour cela, il applique les principes d’une communication efficace, que ce soit sur le plan de la rédaction ou sur celui de la structuration du texte. Cette fonction est d’autant plus cruciale que le traducteur est souvent le seul spécialiste de la langue à intervenir dans la production des documents bilingues ou multilingues.

Conseils technologiques
La technologie faisant désormais intégralement partie de la traduction, le conseiller informe ses clients sur le véritable rôle des outils de traduction assistée par ordinateur (TAO) et formule des recommandations sur leur utilisation, s’il y a lieu.

Responsabilité professionnelle
Pour asseoir sa crédibilité, le conseiller assume entièrement sa responsabilité professionnelle face à son travail, quelle que soit l’utilisation qui en est faite ultérieurement.

Enfin, il garantit la sécurité et la confidentialité des données de son client, tant lors de la transmission que lors de l’archivage et n’hésite pas à sensibiliser le client à ces sujets lorsqu’il le juge nécessaire.

Offrir des solutions
Sur le plan strictement pratique, si les clients font appel à des traducteurs, c’est qu’ils ont un problème à régler. La tâche essentielle du conseiller est donc de fournir des solutions, un processus qui comporte généralement quatre étapes :

  1. Aider le client à préciser ses besoins. Pour cela, le conseiller posera des questions judicieuses afin de bien déterminer toutes les dimensions du projet;
  2. Déceler les besoins non exprimés et les problèmes possibles. Un des rôles essentiels du spécialiste et d’aller au-delà des besoins évidents et de prévoir les embûches, car il est le seul en mesure de le faire;
  3. Analyser les besoins et proposer des solutions;
  4. Mettre en pratique les solutions avec le client. Pour que le client les accepte, les adopte et les répète, il doit absolument participer à leur implantation.

Développer des compétences annexes
En raison de l’étendue de son champ d’application, le conseil en traduction requiert le développement – ou parfois l’acquisition – de compétences annexes à la traduction. Pour assumer ce rôle, le traducteur devra donc régulièrement se former dans des domaines souvent variés.

En raison de l’importance de la relation et de la nécessité de communiquer et d’expliquer, le conseiller aura besoin d’améliorer ses aptitudes à la communication. Il lui sera également nécessaire de maîtriser une nouvelle langue : la langue du client. C’est-à-dire parler la langue des comptables, des gestionnaires ou des ingénieurs, par exemple, afin de s’exprimer d’une façon qui aura un effet sur son interlocuteur.

Le conseiller ne pourra pas non plus intervenir efficacement sans certaines connaissances en gestion, notamment en gestion de projet. Ces compétences lui seront particulièrement utiles s’il veut offrir des projets clés en main, mais également pour pallier certaines déficiences en la matière qui pourraient apparaître chez son client.

De même, il gagnera à maîtriser les outils de traduction assistée par ordinateur (TAO), que ce soit pour les exploiter plus complètement – par exemple, utiliser leur module de gestion – ou pour savoir bien en expliquer les limites.

Enfin, pour mettre en valeur ses compétences, le conseiller en traduction aura besoin de cultiver le leadership inhérent à tout spécialiste.

Conclusion
Le rôle-conseil n’est pas véritablement un nouveau métier. C’est une fonction que nombre de traducteurs exercent déjà – quoiqu’à des degrés divers – et que cet article cherche à mieux définir, à structurer et à étoffer.

Le conseil en traduction offre aux traducteurs une formidable occasion d’affirmer qu’ils sont des professionnels maîtrisant l’ensemble des composantes de leur domaine. Que loin d’être de simples exécutants, des sortes de techniciens du transfert linguistique qui appliquent des règles toutes faites – et qui sont donc remplaçables par une machine –, ils sont des concepteurs de solutions, des références.

Il ne reste plus maintenant aux langagiers qu’à s’approprier et à promouvoir ce rôle!

[1] Pour les fins de cet article, j’entends aussi par « client » l’employeur d’un traducteur salarié et, lorsqu’il est question de sensibilisation, ses collègues non langagiers et le grand public.

[2] Ces domaines d’intervention et leur explication sont en grande partie tirés de la conférence donnée en 2009 par Réal Paquette, trad. a., et accessible sur la Formathèque, la plate-forme de formation électronique de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). J’en profite pour le remercier d’avoir établi les grandes lignes du rôle que je développe ici.

L’importance de fixer des limites

Je suis récemment tombé sur Les grandes marées, une jolie fable de Jacques Poulin parue en 1995 chez Leméac. Elle raconte l’histoire d’un traducteur taciturne employé d’un quotidien, à qui son patron propose de s’installer dans une île déserte qu’il possède sur le Saint-Laurent afin d’y traduire des bandes dessinées destinées au journal.

Au début, le traducteur solitaire mène une vie paisible et routinière entre ses traductions, auxquelles il apporte beaucoup de soin, et ses exercices quotidiens et disciplinés de tennis. Mais le patron se met un jour à amener une série de drôles de personnages qui, en plus de nuire à la concentration du traducteur, lui feront peu à peu perdre de sa qualité de vie. En effet, à chaque arrivée, il a un peu moins de temps pour travailler et doit se retrancher dans un espace de plus en plus exigu et spartiate. Lire la suite

Agir pour rester optimiste

Malheur à moi, je suis d’une génération qu’on a dite perdue, sacrifiée : la génération X. Prise en étau entre les baby-boomers, accusés d’avoir tout pris sans rien donner et de vouloir en plus partir avec la caisse (de retraite), et la jeune génération, qu’on dit si formidable et qu’on admire avec une telle béatitude[1].

Malédiction! Je parle français dans un monde où l’utilisation de cette langue recule sans cesse, à cause de notre propre inaction. En plus, je suis fier de ma langue et je la défends, ce dont une partie des francophones a honte, sous prétexte de modernisme et d’ouverture d’esprit, qui cachent en fait un colonialisme et une lâcheté inassumés.

Calamité! J’exerce la traduction, une profession à laquelle on s’intéresse parce qu’il y a de l’argent à faire, pas parce que la communication entre les êtres et la diversité linguistique (comme toutes les diversités) sont garantes de la survie de notre espèce. Lire la suite

Plaidoyer pour la valorisation de la traduction technique

Qu’est-ce que la traduction technique au juste? Son appellation même est confuse. Wikipédia affirme « qu’elle reste un mystère pour le grand public », mais l’expérience m’a montré qu’elle le reste aussi pour nombre de traducteurs et de clients!

J’ai débuté dans la profession par la traduction technique. Compte tenu de mon bagage (diplôme universitaire en génie et expérience pratique), c’était logique. Bien que j’aie maintenant élargi mon champ de compétences, elle reste un domaine que je connais bien et la dévalorisation injustifiée dont elle fait l’objet m’agace.

Définissons la traduction technique
D’abord, pour clarifier les choses, ce que j’entends par traduction technique, c’est la traduction technologique : électricité, télécommunications, aéronautique, industrie, ingénierie, etc. Pour moi, les autres domaines non généralistes, comme la comptabilité et l’agronomie, relèvent de la traduction spécialisée, dont la traduction technique est une branche. Lire la suite

Entre nous : présentation

Traducteurs et les traductrices, j’aimerais ici vous parler de nous. Dans cette rubrique, je vous ferai part de mes réflexions sur la profession, de renseignements que j’ai glanés à son sujet… et des erreurs, tics et autres qui me tapent sur les nerfs! Bref tout ce qui me passe par la tête, mais qui me semble être intéressant pour notre métier, la façon dont nous le pratiquons et son avenir.

Je vous préviens tout de suite, j’assume entièrement tout ce que je vais publier! Je sais que je n’aurai pas toujours raison, mais ce n’est pas grave. L’important pour moi est de stimuler la discussion pour « faire avancer la science », c’est-à-dire améliorer notre pratique et surtout, la connaissance que nous en avons.

J’espère qu’il en ressortira des échanges fructueux et surtout de nouvelles façons de travailler et de nous percevoir, qui nous permettront de mieux nous adapter à la transformation de notre société.

Comme vous le voyez, c’est un programme plutôt ambitieux! Mais comme disait Joseph Conrad : « Toutes les ambitions sont légitimes, excepté celles qui s’élèvent sur les misères et les crédulités de l’humanité ».